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Quand le football irlandais ne faisait qu’Un...

A l’occasion de la Saint Patrick, kicknrush se met au vert pour une petite balade irlandaise, où est contée l’arrivée du ballon rond dans le nord de l’Ile d’émeraude, à la fin des années 1870.
par Green Thistle - mardi 22 mars 2005
 

Aux origines du football irlandais était une lune de miel écossaise... Celle d’un marchand de Belfast - John M. McAlery - à Edimbourg en l’an de grâce 1878. De cette escapade amoureuse, le businessman reviendra profondément marqué par la popularité dont fait alors déjà l’objet le soccer "north of the Border". L’Association Football (la F.A) avait certes été fondée à Londres quinze ans plus tôt (en 1863) mais sa mission évangélisatrice n’avait pas encore atteint les rives de la Verte Erin à une époque où les moyens de communication modernes commencent à peine à se mettre en place à l’échelle du pays tout entier (du 1er janvier 1801 au 6 décembre 1922, l’île d’Irlande fait partie intégrante du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande...).

Bien décidé à faire découvrir le ballon rond à ses compatriotes, McAlery s’empresse d’organiser la même année un match d’exhibition entre deux équipes écossaises - les Glaswégiens de Queen’s Park et les Caledonians - à l’Ulster cricket ground de Ballymafeigh. Devant le succès de cette première, le marchand irlandais poursuit sur sa lancée en fondant en septembre 1879 le premier club de l’île, le Cliftonville F.C de Belfast. L’année suivante, c’est l’Irish Football Association qui voit le jour au Queen’s Hotel de Belfast le 18 novembre 1880. Les clubs-fondateurs - tous implantés dans ce qui correspond aujourd’hui à l’Irlande du Nord - sont alors au nombre de sept : Knock, Oldpark, Distillery, Moyola Park, Cliftonville, Avoniel et Alexander (Limavady). Moyla Park devient alors le premier vainqueur de l’Irish Senior Cup.

Rien d’étonnant à ce que les équipes du nord dominent cette fin de siècle. Le ballon rond a en effet du mal à s’imposer dans la partie sud de l’île. Il faut attendre 1883 pour voir la création du premier club dublinois, le Dublin Association FC, suivi de près par le club étudiant du Trinity College de la Dublin University. L’année suivante, le premier Dublinois intègre l’équipe nationale. Une sélection qui connaît d’ailleurs des débuts difficiles - étrillée qu’elle a été par son homologue anglaise sur le score peu flatteur de 13-0 en 1881 - et qui ne connaîtra les joies de la victoire qu’en 1887 contre le Pays de Galles (4-1).

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Les p’tits gars de Shelbourne en 1900

Les années 1890 s’ouvrent avec l’arrivée dans le paysage footballistique irlandais de deux nouveaux clubs à Dublin. Les Bohemians et les Leinster Nomads - dans les rangs desquels on retrouve alors de nombreux éléments du défunt Dublin Association FC - comptent au nombre des équipes à l’origine de la formation de la Leinster Football Association au même titre que Montpelier, St. Helen’s School et Dublin University. En 1895, les Bohemians deviennent alors le premier club hors Ulster à atteindre la finale de l’Irish Cup... une joie de courte durée puisque les dublinois s’inclineront lourdement (10-1) face à la formation de Belfast de Linfield. L’année suivante, le football poursuit sa diffusion à l’échelle de l’île toute entière et particulièrement au sud avec la fondation de la Munster Football Association au sud-ouest et du club du Belfast Celtic au nord.

Le 17 mars 1900 - jour de la Saint Patrick - plus de 10 000 spectateurs assistent à Lansdowne Road au premier match international organisé par la IFA sur le sol dublinois. L’équipe d’Irlande - qui porte alors les couleurs bleu marine du club de St. Patrick’s Athletic frappées du Trèfle - s’incline 2-0 contre l’Angleterre. Dans les rangs irlandais, un seul joueur du sud, le Dr. Sheehan des Bohemians, mais trois joueurs évoluent déjà outre-mer : le gardien Reilly de Portsmouth, Archie Goodhall de Derby County et Gara de Preston. La même année se tient la première édition des "Interprovincial Games", lesquels, comme leur nom l’indique, mettent aux prises les différentes provinces (Ulster, Munster et Leinster - manque à l’appel la province du Connaught). En 1901, Dublin accueille la première finale de la Coupe d’Irlande à Jones’s Road. Cliftonville surclasse alors les Freebooters dublinois de Sandymount. Il faut attendre 1906 pour voir la première équipe du sud - Shelbourne - s’emparer du trophée en battant en finale le Belfast Celtic. Deux ans plus tard, une autre première a lieu puisque deux équipes du sud de l’île - Shelbourne à nouveau mais cette fois-ci face aux Bohemians - se disputent la victoire finale.

De son côté, l’équipe d’Irlande enregistre elle aussi des progrès notables en remportant notamment sa première victoire contre l’Ecosse en 1903 avant de battre l’Angleterre (2-1) - excusez du peu - à Belfast en 1913. Sur leur lancée, les Irlandais mettent la main l’année suivante sur le premier trophée de leur histoire en décrochant le British Championship qui met aux prises les Home Nations (Angleterre, Galles, Ecosse et Irlande) chaque année depuis 1883. Les Irlandais battent Anglais et Gallois sur leurs terres avant d’obtenir le match nul contre les Ecossais à Belfast. Ce triomphe dans le plus vieux tournoi international de football de l’histoire sonne paradoxalement le glas d’un football irlandais uni. Dans le sillage des nombreux bouleversements politiques, diplomatiques et sociaux qui font suite aux soulèvements de Pâques 1916, le football - aussi dérisoire soit-il à l’époque - n’est en effet pas épargné. Les prises de position divergentes entre le nord et le sud de l’île ont dès lors tendance à se multiplier. Les clubs affiliés de Dublin et la Leinster Football Association en particulier commencent à se montrer de plus en plus revendicatifs vis-à-vis de l’IFA (basée à Belfast) à laquelle ils reprochent de favoriser les clubs d’obédience protestante implantés dans le nord de l’île et ce notamment lors de la sélection de joueurs en équipe nationale. Shelbourne sera la dernière formation du sud à remporter la Coupe d’Irlande. Un succès par défaut à la suite des émeutes entre le club nationaliste du Belfast Celtic et Glentoran. L’année suivante, Shelbourne - tout comme Bohemians et St. James Gate - met sa menace à exécution et quitte sine die l’organisation de Belfast début 1921 - tout en restant cependant engagé en Cup.

Le point de non-retour sera atteint plus tard cette même année lorsque l’IFA reviendra sur sa décision d’organiser le replay de la finale de la Coupe d’Irlande entre Shelbourne et Glenavon non plus à Dublin comme prévu mais à Belfast. Shelbourne refuse alors de faire le déplacement et renonce donc à disputer la rencontre. La rupture footballistique entre le nord et le sud de l’île est consommée. Le 1er juin 1921, clubs et associations provinciales du sud se rencontrent au Molesworth Hall de Dublin et décident d’un commun accord de faire sécession en fondant la Football Association of the Irish Free State (FAIFS). Un championnat "national" comprenant huit clubs de Dublin - Shelbourne, Bohemians, Saint James’s Gate, Dublin United, Frankfort, Jacobs, Olympia et YMCA - est alors organisé à la hâte. Saint James’s Gate devient le premier champion de l’Etat libre d’Irlande avant de décrocher la saison suivante la première FAI Cup alors dénommée Free State Cup. La première équipe provinciale - Athlone dans le Comté de Westmeath à l’ouest de Dublin - rejoindra le championnat en 1922.

Sur la scène internationale en revanche, les problèmes sont tout autres pour la jeune fédération irlandaise. Mise à l’index par les associations des Home Nations, la FAIFS aura tout de même les faveurs de la FIFA qui l’acceptera en son sein dès août 1923 après qu’un club français - le Gallia Club de Paris - bravant en cela les injonctions britanniques, eût envoyé son équipe pour y rencontrer les Bohemians et les Pioneers. Il faut cependant attendre mars 1926 pour voir les Irlandais prendre part à leur premier match international en tant que tel [1]. Au menu, la Squadra Azzurra à Turin, pas moins. Le Onze du Trèfle s’incline logiquement 3-0 mais l’essentiel est acquis : l’Etat Libre d’Irlande peut désormais regarder de l’avant.

(To be continued) .

[1] Une sélection nationale avait certes participé aux Jeux Olympiques de Paris en 1924 mais sous les auspices du comité olympique irlandais et non de la FAIFS.



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