Frenchie Connection

Soyons bien clair. Nous n’avons rien contre cette équipe d’Arsenal. Arsène Wenger est un entraîneur respectable et respecté, qui est parvenu à hisser son équipe au top niveau européen - ou presque. Sur le terrain, il a su apporter une rigueur défensive à un jeu rapide, principalement basé sur le contre, marque de fabrique de la Premier league, contrairement à Manchester United, qui pratique un jeu plus continental. C’est sans doute ce qui le desservit jusqu’à maintenant au niveau européen. Concernant les joueurs, comment ne pas succomber à la classe de Dennis Bergkamp ou au talent d’Henry ? Il y aurait de nombreuses choses à dire et à redire sur la façon dont ce dernier célèbre ses buts, mais son humilité affichée plus tard lors d’interviews nous contraint à le laisser tranquille (pour cette fois !).
Cependant, l’insistance avec laquelle les chaînes télé, les journaux et les radios de l’Hexagone relatent les aventures des canonniers, a tendance à rendre ces derniers de plus en plus antipathiques.
Du léchage de bottes de Thierry Henry par Vincent Hardy au club Pires sur Europe 1, le championnat anglais est vu ici à travers le filtre blanc et rouge d’Arsenal, et c’est bien dommage. Arsenal, au même titre que la Juve il y a peu et le Real actuellement, représentent chez nous leurs championnats respectifs.

Pour Arsenal, cela est quelque peu illégitime, vu l’insolence avec laquelle les Red Devils ont dominé le football de club en Angleterre lors des dix dernières années. C’est aussi illégitime qu’un président élu avec, disons, 82% des voix dont la majorité viendrait du camp d’en face (enfin, passons !).
De fait, l’intérêt des media français pour Arsenal l’est pour des raisons autre que simplement sportives. La présence de joueurs français aiguise l’appétit des chaînes. TF1, France 2, même Canal +, personne n’y échappe. Un match sur ces chaînes se déroule de la manière suivante : il y a tout d’abord la présentation des équipes avec tant de joueurs français d’un coté et tant de l’autre. On a même parfois droit à « pas de Français sur la pelouse aujourd’hui ! » Bah mince alors ! Il y a ensuite les buts qui sont commentés différemment selon qui est le buteur ou le passeur. Exemple : « but de Bergkamp sur une passe de Thierry Henry. » Dans le sens inverse, c’est pas évident qu’on entende le nom du non-flying Dutchman. Certains vont même plus loin. Exemple : « but de Bergkamp avec au départ une bonne relance de Pascal Cygan [1] ». Ici, peu importe que cinq joueurs aient touché le ballon entre la passe de Cygan et le but du Hollandais. Pourvu que ce soit un Frenchie qui soit au départ de l’action. Les commentateurs tirent ainsi tout le long du match sur la fibre patriotique du téléspectateur. Enfin, à l’issue de la rencontre, il est de bon ton de ressasser que les Français ont été bons, que machin a marqué sur une passe décisive de truc...
Certes, on force un peu le trait. Mais il y a forcément un air de déjà-vu dans ce récit... si ce n’est pas le cas, tendez l’oreille au prochain match d’Arsenal.
Si chez certains, la vénération se fait inconsciemment, TF1 en fait un remarquable outil de stratégie commerciale. Quand on aime le Bigdil, on aime Arsenal, surtout quand le mot sort de la bouche de Vincent le Hardy. Encore une fois, notre diatribe n’est pas dirigée envers Arsenal, mais bien contre les media français, coupables de nous shooter à la poudre de ces canonniers tant et si bien qu’on finit proche de l’overdose. Mais, comme dit précédemment, la réussite d’Arsenal et de ses frenchies a permis la diffusion plus fréquente de matchs de Premier League en France. Et c’est déjà pas mal.
[1] Assez rare pour être souligné
