Robbie Fowler, Ya Beauty

Septembre 1993. Auréolé d’un titre de Champion d’Europe des moins de 18 ans, Fowler fait ses débuts avec l’équipe pro de Liverpool contre Fulham au premier tour de la Coca-Cola Cup (Coupe de la League). Si peu de personnes se souviennent qu’il marqua au match aller lors de la victoire 3-1, c’est avec émotion que les fans des Reds se remémorent le match retour, où celui qu’ils surnomment déjà « God » va trouver à cinq reprises le chemin des filets. Il devient seulement le quatrième joueur de Liverpool à réussir cet exploit.
Ses débuts en championnat sont aussi rapides puisqu’il y marque douze buts pour sa première saison, avec un triplé lors de la cinquième journée. Appelé, chez les Espoirs en novembre, il ne lui faut que trois minutes pour ouvrir son compteur but. Il débute la saison suivante en marquant cinq fois en trois matchs, dont un triplé contre Arsenal inscrit en 4 minutes 32 ( !!!). Il n’est nul besoin de préciser que c’est le hat-trick le plus rapide de l’histoire de la Premier League.
Robbie Fowler va ainsi affoler tous les compteurs de buts lors de ses trois premières saisons sous le maillot rouge mythique. Il est alors comparé à Jimmy Greaves, l’attaquant légendaire de Tottenham, également aperçu au Milan AC, à Chelsea ainsi qu’à West Ham pour sa classe balle au pied et son style tout en finesse. Le Red est à ce moment-là un Ballon d’Or en puissance.
So, what has gone wrong ?
Robbie Fowler est né le 9 avril 1975 à Toxteth, quartier de Liverpool. Supporter d’Everton dans sa jeunesse, c’est pourtant un scout de Liverpool, Jim Aspinall qui lui donne sa chance à quatorze ans. Il signe comme stagiaire deux ans plus tard, puis, le 9 avril 1992, pour ses dix-sept ans, le club de Liverpool lui offre son premier contrat professionnel, avant de réussir le début de carrière qu’on connaît.
Les ennuis commencent lors de la saison 1997-1998, lorsqu’une blessure au genou le met sur la touche pour de longs mois et lui fait ainsi manquer la Coupe du Monde en France. Malgré 18 buts en 1998-1999, les tabloïds parlent plus de lui dans leurs pages Gossip que dans la rubrique Sport. La saison est ainsi marquée par une embrouille avec le toujours charmant Graeme Le Saux lors du quart de finale de la Cup, Fowler ayant eu la mauvaise idée de mettre en cause ses préférences sexuelles. Ensuite, lors du derby avec Everton, il confond la ligne de but avec un rail de cocaïne devant les yeux médusés des Toffees. Ca lui vaudra six matchs de suspension.
En 2001, il offre la Coupe de la League à Gérard Houllier grâce à un but somptueux, mais ce dernier se séparera de lui six mois plus tard suite à un clash avec Phil Thompson, prétextant également une baisse de niveau, et un manque de liquidités dans les caisses du club. Il échoue à Leeds en pleine déconfiture, puis à City en 2002 où ses buts sont aussi nombreux que ceux d’Anelka au Real Madrid.
A bientôt 29 ans, la carrière du gamin de Toxteth peut-elle vivre un bel été indien ? J’espère sincèrement le revoir évoluer un jour à son vrai niveau parce que Fowler est un joueur que j’ai toujours apprécié, de par son jeu, son talent, sa classe dans un premier temps mais aussi pour quelques faits devenus célèbres.
Ainsi, le 20 mars 1997, après son deuxième but de la soirée contre Brann Bergen en Coupe de l’UEFA, il n’hésita pas à afficher son soutien aux cinq cent dockers licenciés de Liverpool. Pour la petite histoire, le t-shirt qu’il arbore ce jour-là lui fut donné par l’oncle de Steve McManaman, lui-même concerné par cette mesure. Le licenciement des dockers était un point de politique intérieure très chaud à ce moment-là, et le geste de Fowler avait fait le tour des télés. L’UEFA lui infligea une amende de deux mille francs suisse pour la simple et bonne raison que les joueurs ne doivent pas avoir de logos politiques. Si on peut comprendre leur point de vue, force est de constater que l’UEFA est moins prompte à se bouger en ce qui concerne certaines tribunes néo-nazies dans plusieurs stades européens. Inutile de préciser que le Kop avait apprécié ce geste. Selon Ian McCulloch, le leader d’Echo and the Bunnymen, c’est juste une raison de plus pour laquelle Fowler est « le footballeur le plus juste, le plus loyal envers notre équipe de tous les temps ».
Quatre jours plus tard, lors d’Arsenal-Liverpool, Fowler trébuche dans la surface. L’arbitre siffle penalty. Seaman ne l’ayant pas touché, Fowler se dirige vers l’arbitre en lui disant qu’il n’y a pas penalty. Le referee ne veut rien savoir et maintient sa décision. Là, deux versions existent : Fowler a loupé délibérément le penalty, ou il l’a complètement déchiré. Peu importe, le fait est que le numéro 9 de Liverpool sort grandi de l’incident.
Actuellement peu craint par les défenses du Royaume, Fowler revient peu à peu à un niveau physique décent, en espérant que les beaux jours soient devant lui.
[1] De Niro dans « A Bronx Tale »
