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Porazka à Wembley

Pour se qualifier à la phase finale de la Coupe du Monde qui se déroulera en Allemagne, l’Angleterre doit absolument s’imposer face à la Pologne, pour qui un match nul suffit. C’était à Wembley, le 17 octobre 1973...
par Richard N. - mercredi 12 octobre 2005
 

La victoire face à l’Autriche quelques jours plus tôt a rassuré le peuple anglais sur les capacités de son équipe. Le onze de la Rose n’a aucune raison de redouter ce rendez-vous contre la Pologne, puisqu’il a la faveur des pronostics et l’avantage de jouer à domicile. Même si les Polonais n’ont besoin que d’un match nul pour aller en Allemagne, l’Angleterre se voit bien terminer en tête de ce groupe 5.

La Pologne est annoncée comme un redoutable adversaire. Les hommes de Kazimierz Górski ont été sacrés champions olympique en septembre 1972 lors des Jeux de Munich. Au début des éliminatoires, une défaite (0-2) à Cardiff semblait avoir entamé leur crédit, mais les Polonais se sont rapidement repris à Chorzow, le 6 juin 1973, où ils ont dominé l’Angleterre (2-0, buts de Banas et Lubanski). Une victoire de prestige qu’ils additionnent avec un net 3-0 face aux Gallois, toujours à Chorzow. Du coup, un résultat nul à Wembley leur suffit. Un exploit d’autant plus probable que le Pays de Galles y est parvenu (1-1) au mois de janvier.

Alf Ramsey a appelé Peter Shilton, le gardien de Leicester City. En défense, aux cotés du red Emlyn Hughes sont alignés Paul Madeley (Leeds), Colin Bell (Man City) et Roy Mac Farland (Derby County). Le milieu du terrain est composé de Norman Hunter (Leeds), Tony Curie (Sheffield United), Mick Channon (Southampton) et Martin Chivers (Tottenham). Au front de l’attaque, Allan Clarke (Leeds) est aux cotés du capitaine Martin Peters (Tottenham), seul et dernier champion du monde anglais. Jamais depuis 1966 le stade de Wembley n’avait fait le plein pour l’équipe d’Angleterre : 100.000 supporteurs sont présents ce 17 octobre 1973. La presse anglaise, toujours aussi inspirée, a fait chauffer la marmite en évoquant les joueurs polonais avec un "animals" qui avait déjà fait fureur en son temps. Mieux encore, l’impayable Brian Clough, entraîneur du Derby County, avait prévenu son monde que le gardien Jan Tomaszewski n’était rien d’autre qu’un "clown".

C’est pourtant ce clown qui va ruiner les chances de l’équipe anglaise. Dès les premiers instants de la partie, que l’Angleterre domine copieusement, Tomaszewski multiplie les arrêts. L’attaquant anglais Allan Clarke se heurte une première fois à lui, et doit poursuivre la rencontre avec un doigt cassé. A la septième minute, un tir de Tony Currie s’écrase sur le poteau. Trois minutes plus tard, c’est le défenseur Miroslaw Bulzacki qui repousse un ballon sur sa ligne. L’Angleterre domine largement, obtient quinze corners rien qu’en première période, mais se heurte à un clown en état de grâce. La pause est sifflée sur un score vierge qui ne fait pas l’affaire des Anglais.

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Angleterre-Pologne 1973. Le grand Jan Tomaszewski (collé au poteau) décourage les vélléités de l’attaque anglaise...

En seconde période, la Pologne, recroquevillée en défense, va parvenir à se créer sa première occasion. Norman Hunter rate son tacle, Grzegorz Lato lui chipe le ballon et s’envole sur son aile droite. Son centre trouve Jan Domarski, démarqué à l’entrée des dix-huit mètres. L’attaquant polonais manque un peu sa frappe, mais le ballon glisse sous le ventre de Peter Shilton. Stupeur à Wembley : la Pologne a ouvert le score. Il faut désormais inscrire deux buts. Après l’heure de jeu, Martin Peters s’y emploie en interceptant une passe en retrait de Domarski. L’attaquant de Tottenham est taclé par Adam Musial, irrégulièrement selon l’arbitre qui accorde un penalty. Allan Clarke, malgré son doigt cassé, frappe en force et égalise.

Mais Wembley semble tétanisé. Les Anglais se ruent sur le but de Tomaszewski, et se font surprendre par les rapides contres emmenés par l’empoisonnant Lato. C’est même ce dernier qui se procure les plus belles occasions. Quand à Jan Tomazewski, il passe du statut de clown à celui de héros national. La tension est insupportable à tel point que Kazimierz Górski, le sélectionneur polonais, a préféré rejoindre les vestiaires plutôt que de subir la fin du match. A deux minutes de la fin, Sir Alf Ramsey choisit de faire sortir Martin Chivers (que l’on ne reverra jamais en équipe d’Angleterre) et le remplace par l’attaquant de Derby County Kevin Hector, dont c’est la première sélection.

Finalement, le score reste à 1-1. C’est un jour historique pour le football polonais. Et une sale journée pour le foot anglais. Pour la première fois depuis 1950, l’équipe d’Angleterre ne sera pas présente en phase finale de la Coupe du Monde. Les joueurs anglais sont tellement déçus qu’il en oublient les règles les plus élémentaires du fair-play. Ils refusent d’échanger leurs maillots puis annulent le traditionnel banquet d’après-match. Sir Alf Ramsey sait qu’il vit sans doute ses derniers moments de sélectionneur. Il dirigera encore la National Team pour deux rencontres amicales, face à l’Italie en novembre (défaite 0-1) et en avril au Portugal (match nul 0-0). A la suite de quoi, il sera convoqué par la F.A. qui lui signifiera la fin de sa mission. Une grande page du foot anglais se tourne.

Le foot polonais en VF, c’est sur www.beskid.com.


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