Wanderers, pour l’Histoire

La plus ancienne des épreuves de football vit précisémment le jour le 20 juillet 1871. Dans les bureaux du quotidien londonien « The Sportsman », Charles Alcock, Secrétaire Général de la Football Association, et six comparses mirent sur pied la "Coupe du Challenge de la Football Association". L’idée était simple : réunir tous les clubs de la Football Association au sein d’une épreuve d’envergure. Sur les trente clubs alors affiliés, seule la moitié s’acquitèrent de l’inscription d’une livre sterling. La première Coupe d’Angleterre regroupa donc quinze équipes, et seulement douze à y prirent réellement part, trois ayant renoncé au dernier moment (Harrow Chequers, Reigate Priory et les écossais du Donnington School). Sur la ligne de départ, on retrouvait ainsi Crystal Palace, Barnes, Civil Service, Clapham Rovers, Hampstead Heathens, Hitchin, Maidenhead, Marlow, Royal Engineers, Upton Park, Shropshire Wanderers et le Queen’s Park Glasgow. Ce dernier avait bien du mérite, puisque la livre sterling d’inscription représentait quand même un sixième du budget du club. Plus discret à l’époque, la présence de Maidenhead et Marlow est tout aussi remarquable, puisque ces deux clubs n’ont depuis jamais manqué une édition de la la Cup (et n’ont, il est vrai, que rarement dépassé le premier tour).
Du fait de la distance séparant les capitales anglaise et écossaise, Queen’s Park fut exempté des tours préliminaires et ne descendit à Londres que pour la demi-finale. Il leur fut également alloué qu’en cas de victoire la finale se jouerait le lendemain. L’équipe ne pouvait se permettre de rester plus longtemps à Londres. Malheureusement, la demi-finale, jouée contre les Wanderers, se termina par un score nul et vierge. Queen’s Park, dans l’impossibilité de rester plus longtemps à Londres libéra aux Wanderers le chemin de la finale. Leur adversaire, les Royal Engineers, s’étaient qualifiés grâce à une victoire assez nette sur Crystal Palace (3-0).
La finale se joua au Kennington Oval, dans la banlieue de Londres, devant quelques 2.000 spectateurs. A cette époque, knickers et en grosses chaussettes de laine faisaient partie de la tenue du footballeur, tout comme la casquette vissée sur la tête. Les règles du jeu voulaient qu’à l’époque, les deux équipes changent de camp à chaque but inscrit. Aucune ligne médiane, ni surface de réparation n’était tracée sur le terrain. Les buts étaient composés de deux poteaux, avec deux rubans solidement tendus en guise de barre transversale (et il n’y avait bien sûr pas de filets). Enfin, lorsque le ballon sortait des limites du terrain, la remise en jeu était effectuée par... le premier joueur qui avait été chercher le ballon.
Les Royal Engineers, équipe de l’Armée Britannique, étaient les favoris de cette finale, mais ils jouèrent rapidement de malchance. Après seulement dix minutes de jeu, le lieutenant Creswell dût sortir du terrain, la clavicule brisée. Ce qui donne une idée de l’engagement physique qui prédominait sur le jeu de l’époque. En supériorité numérique, les Wanderers, dont le capitaine n’était autre que Charles Alcock himself, remportèrent la rencontre sur la plus faible des marges (1-0). Le but était inscrit par le dénommé Morton Peto Betts, qui exploita une passe du révérend Vidal, connu sous le surnom de "Prince des dribbleurs". Ce dernier était une véritable vedette de l’époque. On raconte notamment que lors d’un autre match, il avait inscrit trois buts consécutifs, prenant le ballon à l’engagement et s’en allant marquer sans qu’aucun adversaire ne touche le ballon. Le trophée, acheté quinze livres à une maison du nom de Martin, Hall et Compagnie, fut donc remis par Charles Alcock, Secrétaire Général de la FA à... Charles Alcock, capitaine des Wanderers.
Selon le règlement de l’époque, les Wanderers était automatiquement qualifiées pour la finale de l’édition suivante. Ils obtenaient même le privilège de choisir le terrain sur lequel devait se dérouler cette finale. Cette première édition, marquée par de nombreux forfaits et des rencontres inachevées, ne restera pas comme un grand succès sportif. Parmi tous ces petits ratés, le moindre ne fut pas de voir le trophée remporté par une équipe qui n’avait gagné ni son quart, ni sa demi-finale. Mais il en faut plus pour décourager la FA, qui quelques mois plus tard, décida de lancer la deuxième édition.
