Mon foot british à moi / Jérôme Reijasse

Jérôme Reijasse est un homme occupé. Outre ses articles mensuels pour Rock & Folk, il se "tape des documentaires musicaux pour la télé, des interviews pour l’album de la semaine de Canal +." Il vient également de terminer son premier roman. Joint par mail, il nous confirme d’entrée : "Le foot anglais vit dans mon coeur." Ca tombe bien, nous aussi.
Kick & Rush : Premier souvenir de football britannique ?
Jérôme Reijasse : Un classeur en école primaire que m’achète ma mère. Dessus, une photo de Kevin Keegan qui jongle. Une vision. Je ne sais toujours pas pourquoi. Ce mec avec son ballon avait un truc de magique. "Papa, c’est qui, lui ?". Kevin Keegan, un joueur anglais... Premier héros sportif, sans rien connaître de sa carrière. Sinon, le premier souvenir d’un match : double et mêlé. La victoire européenne d’Aston Villa avec mon grand-père ce soir-là devant la télé qui ne veut que la défaite des "boches" et aussi le Heysel, un mélange total d’effroi et de fascination.
Meilleur(s) souvenir(s) ?
Cantona qui cartonne le supporter. Difficile de faire mieux.
Plutôt Liverpool ou Manchester ?
Liverpool. Et Manchester. Et Liverpool. Et Manchester, etc...
Te souviens-tu de Ray Wilkins ?
Je crois, vaguement. Au PSG pas longtemps. Fin 80. Mon cerveau est percé. Ma mémoire n’est plus que l’ombre d’elle même.
Le nom de Fowler avait circulé comme possible recrue du
PSG, il y a quelques années. Ca t’aurait plu ?
Ah bon ? Cette rumeur, je l’ai peut-être déjà oubliée. Plu ? Ca dépend de quelle équipe du PSG on parle... Je dirais finalement non. Fowler a une tronche pas possible, un
sens du devoir qui embarrasseraient les fonctionnaires en short qui actuellement déshonorent le Parc, trop anglais, trop blessé, trop dans l’abnégation. Non.
Aurais-tu aimé voir d’autres joueurs britanniques sous le maillot du PSG ?
Scholes, Lampard, Gerrard, Rush, ma liste est encore longue mais tout le monde la connaît... Et bien sûr Keegan.
Dernière question sur le PSG : Qu’est-ce qui cloche dans ce club ?
Tout et rien. Le PSG cristallise toutes les errances humaines, nous rappelle que l’existence est un combat permanent contre la médiocrité. Un combat presque perdu d’avance. Plus sérieusement, le PSG est, en dehors des sempiternelles magouilles de couloirs que seules maîtrisent les spécialistes, victime du syndrome Aznavour ("A 18 ans, j’ai quitté ma province..."). Les ploucs du monde entier débarquent à la capitale et prennent leurs pied, sauf sur la pelouse. De temps en temps, coup de chance (vu la médiocrité du staff de recrutement), un Ronnie passe. Et même là , on n’en tire que le strict minimum. Trop de gens qui veulent se nourrir du club. Trop de Bretons à la direction (Biétry, on applaudit), trop de grosses têtes et de petits pieds. La pression systématiquement invoquée, à Paris comme à Marseille ? Une excuse bidon. Qu’ils aillent se promener du côté de Barcelone... Cette situation au PSG est vraiment frustrante pour un supporter mais ceux qui "entrent en football" savent que la victoire, finalement, n’est qu’un mensonge, une utopie. Certes, elle embellit, elle rassure, elle repousse quelques échéances privées. Mais reste une utopie. Le football, et à Paris peut-être encore plus qu’ailleurs en France, c’est l’appartenance. Je crois que c’est les gars de West Ham (Millwall en réalité) qui ont
l’habitude de chanter : "Nobody Likes us and we don’t care" ou un truc du genre. C’est exactement ça. Fidélité. Malgré la frustration, malgré le no-football pratiqué, malgré le gâchis, malgré l’indéniable sentiment anti-parigot hexagonal, malgré la bêtise. On appartient à son club. En espèrant un jour du beau football, une communion totale, des titres, une légende. D’ici là, appartenance évidemment.
Quelle est la raison, selon toi, pour laquelle le football de clubs anglais est le plus titré en Europe ?
Je ne savais pas. Je vais dire que c’est dû à l’exceptionnelle combativité (le fameux Fighting Spirit) des Britons, cette pugnacité mélangée à un sens du devoir total.
J’aime cette idée d’un football véritablement solidaire, faisant front, concerné. Même si je sais que tout cela est tout à fait de l’ordre du fantasme. Aucune idée. La chance, peut-être.
... et la raison pour laquelle le football français
est encore moins titré que le football Ecossais ?
La réponse est dans la question. La France. Citez moi un bon groupe de pop, de rock, de metal français ? J’attends... Ceux qui répondront Noir Désir auraient tout intérêt à arrêter la musique. Citez moi un stade de ligue 2 française plein à craquer chaque week-end ? Problème de culture. Le Français, dans le meilleur des cas, est un bon copieur. Mais dès qu’il s’agit de s’engager, de passer un pacte avec, il recule, il détourne le regard. Le Français a honte de gagner, le Français a trop tendance à se voir plus beau qu’il ne l’est vraiment. Le Français fait beaucoup de bruit. Ce n’est que rarement de sa faute. Objectivement, les différences d’impositions entre les clubs européens doivent aussi jouer. Le fric, bien sûr. Mais ça ne suffit pas à tout expliquer. Manque de culture.
Le football britannique est il rock & roll ?
Obviously. Et le foot français ne le sera jamais.
Justement, quel joueur britannique verrais-tu en rock
star ?
Si, pour vous, une rock star, c’est, au hasard, un Bono, je dirais un Beckham ou une chochotte du genre. Un gars avec un certain talent mais trop faible, trop mode pour être réellement un dieu du foot. Mais si par rock star, vous entendez une personne qui a su à un moment imposer sa vision à la majorité, sans la moindre hésitation, George Best.
Qui serait pour toi le Coldplay/U2 de la Premier
League ?
Chelsea : beaucoup d’argent, beaucoup de succès, beaucoup de fans de la dernière heure, pas beaucoup d’émotions.
Les Sex Pistols de la Premier League ?
Arsenal. Parce que efficaces, parfois admirables mais parce qu’aussi, tout le monde sait que les Sex Pistols était le premier boys band du punk (c’est Mister Rotten qui le dit, pas moi).
Les Beatles de la Premier League ?
Liverpool. Parce que c’est une réponse facile.
Les rock stars anglaises s’affichent souvent au
couleur de leur équipe favorite ? Pourquoi ne voit-on pas ça en France ?
Même réponse que plus haut. En France, on s’affiche le moins possible, ou alors quand la victoire est définitive, sinon, trop risqué. Et puis, si c’est pour voir Bruel,
Macias, Sarko avec une écharpe du PSG, je préfère l’abstinence et le silence. Enfin, difficile d’afficher ses préférences footbalistiques en France vu l’incroyable laideur de 99% des maillots.
Elton John est président du club de Watford. Pour l’intérêt de la Premier League, quel autre chanteur verrais-tu président ?
Richard Ashcroft. Il ferait tourner aux joueurs une herbe
irréprochable, qui leur donnerait la force d’inventer de nouveaux gestes techniques.
Enfin, tu seras où quand Beckham lèvera la Coupe du Monde en juin ? Plus sérieusement, quel est ton avis sur cette sélection ?
Aucun avis. Je suis français. Je préfère donc attendre le nom du vainqueur avant de me prononcer. Aucune idée. Mais de voir les Anglais lever la Coupe, ça me procurerait une certaine satisfaction. Ou alors le Togo (rires).
