Red is Dead II

Soltsjöbaden. Cet endroit au nom imprononçable est le lieu de villégiature choisi par les sélectionneurs Gallois. Cette cité balnéaire très prisée des Suédois le week-end accueille des joueurs ravis de voir que c’est un hôtel luxueux qui les attend. C’est bien la moindre des choses que peut faire la fédération, car il ne fait pas l’ombre d’un doute que l’équipe reviendra au pays très vite, à l’issue des trois matchs de poule.
Le premier de ces matchs les voit affronter la Hongrie. Cette équipe qui a surclassé, et de la plus belle des manières, le tournoi 1954, échouant en finale contre une RFA bagarreuse, n’est plus du tout la même quatre ans après. Quelques retraites et méformes, certes, mais surtout cette terrible année 1956, pendant laquelle l’armée soviétique écrase dans le sang un début de révolution. Puskas (Real), Kocsis (Barça), Czibor (Barça) resteront éternellement en Espagne et ne joueront plus pour leur pays après ces terribles événements, pour les plus talentueux. En fait, seuls trois survivants de 1954 participent à la Coupe du Monde 1958 côté hongrois. Pour autant, cette équipe fait toujours peur, et de nombreux observateurs la voient sortir des poules haut la main. Grosse pression d’entrée de jeu, quelques beaux mouvements collectifs et la Hongrie mène déjà 1-0 après 20 minutes à peine. Le massacre se prépare. Mais petit à petit, la tendance du match s’inverse. Les Gallois dominent, égalisent à 1-1 et se voient même refuser deux penaltys pourtant flagrants. Les Hongrois se montrent empruntés, brutaux, violents. Le match s’achève sur un nul.
L’adversaire suivant, le Mexique, est considéré comme une des plus faibles équipes du tournoi. Après la démonstration de force des Gallois lors du premier match, tout le monde s’attend à ce que les Sud-Américains craquent une nouvelle fois après leur défaite 3-0 contre la Suède au premier match. Les Rouges mènent rapidement 1-0 mais contre le cours du jeu. Contre des Mexicains exaltés, ils se montrent dans une torpeur digne de leur préparation. Mous, peu concentrés, sûrs d’eux-mêmes, les Britanniques laissent l’immanquable se produire. Une égalisation mexicaine à une minute de la fin. La presse qui les soutenait après leur exploit contre la Hongrie les torpille. Avec un match à jouer contre la Suède, facile vainqueur 2-1 de la Hongrie, les joueurs peuvent déjà préparer leurs valises et profiter une dernière fois de leur belle résidence.
Le coach Murphy décide d’aborder ce match de la manière la plus pragmatique qui soit. Quel que soit le résultat du match Hongrie-Mexique, les Gallois sont sûrs de finir avec trois points et d’accrocher le barrage s’ils obtiennent un nul contre la Suède. La FIFA veut intervenir en pleine compétition pour en finir avec ces barrages interminables à une époque où le goal-average ne compte pas. Mais les besoins lucratifs des organisateurs passent par quelques matchs supplémentaires afin de remplir les stades. La nouvelle réglementation ne prendra effet que pour la prochaine édition. Murphy peut donc ranger ses quatre attaquants et jouer sereinement le nul (Qui sait si Domenech n’aurait pas cherché le 0-0 à tout prix contre le Togo avec de telles règles ?). Quand on joue à dix dans la surface devant une équipe déjà qualifiée, ce qui doit se produire se produit. 0-0. En route pour retrouver en barrages la Hongrie qui a laminé le Mexique 4-0.
Malgré leur domination lors du premier match, les Gallois sont encore donnés perdants. Les Hongrois ont retrouvé leur football, fait étalage de toute leur classe contre le Mexique, pendant que le Pays de Galles n’a marqué que deux buts en trois matchs pour zéro victoire. Et l’arbitre est une vieille connaissance : M. Latychev, en partie responsable de la défaite en qualifications contre la RDA [1]. La demi-heure de jeu est plutôt à l’avantage des Rouges qui encaissent tout de même un but assassin de Tichy (son quatrième de la compétition en autant de matchs). M. Latychev fait honneur à sa nationalité, oublie un penalty, puis deux. Le sort est joué, ou presque. Le génial Ivor Allchurch envoie une merveille du gauche dans la lucarne de Grosics. Ce sera même le plus beau but du tournoi. Quelques minutes après, Medwin envoie les siens au paradis, pendant qu’en enfer la vedette de l’équipe John Charles subit les coups des défenseurs hongrois. Les Gallois affronteront le Brésil en quarts, mais sans leur buteur fétiche.
La fédération commencer à serrer les dents financièrement, cette petite aventure coûte le double de nuits d’hôtel prévues, sans compter les billets d’avion annulés deux fois (l’équipe devait embarquer pour Londres après le match contre la Suède, puis après le barrage contre la Hongrie). Mais avoir le droit d’affronter le Brésil n’a pas de prix. Les joueurs sont plutôt en forme et concentrés, et prennent le match par le bon bout. A la mi-temps le score vierge provoque quelques murmures dans le stade. Les Gallois, revenus du diable vauvert, peuvent-ils vraiment sortir les Brésiliens ? Mais en face, pour la première fois de sa carrière, le jeune Pelé est titularisé en attaque. Il ne lâchera plus sa place après le but victorieux qui crucifie les hommes de Murphy à la 73ème minute du match. Le rêve prend fin sur une vilaine frappe molle et contrée. L’étonnante solidarité galloise applaudie pendant tout le match aura donné beaucoup de fil à retordre aux Sud-Américains, qui avoueront avoir joué là leur match le plus tendu et le plus difficile du tournoi.
Pelé en plantera d’autres, beaucoup d’autres. Trois contre la France en demi-finale, deux contre la Suède en finale. Pour la première étoile du Brésil. Mais sa vie, son œuvre, ses buts, vous connaissez. Les joueurs qui ont fait partie de cette magnifique aventure galloise de 1958, vous les connaissez beaucoup moins. Vous les découvrirez en lisant le troisième et dernier tome de notre saga Red is Dead.
[1] voir Red is Dead I
