Spoil It Like Beckham

Episode I. La Menace Fantôme. Début des années 90. Le centre de formation de la planète Tatooine (Manchester United) assiste à l’éclosion d’une génération dorée de jeunes joueurs très talentueux. Aux côtés des padawan Giggs ou Scholes, on trouve Anakin Skywalker (David Beckham), qui se sert de son pied droit d’une précision chirurgicale (frappes, passes, centres) comme d’un sabre laser. Le grand et respecté Maître Jedi Obiwan Kenobi (Alex Ferguson) décide d’en faire son apprenti. A ses côtés, Anakin progresse à la vitesse de l’éclair dans la maîtrise de son art, et remporte des trophées en pagaille : Championnats, Coupes nationales, Coupe d’Europe. Les fans applaudissent mais les observateurs les plus avisés ressentent déjà les penchants naturels du jeune Skywalker pour le Côté Obscur de la Force. Retards aux entraînements, flirt avec la belle sénatrice Padmé Amidala (Victoria Adams), séduction à outrance dans les magazines divers et d’été... tout porte à croire qu’Anakin préfère de loin la vie facile à la compétition sportive : la menace d’un immense gâchis de ce beau talent vient poindre à l’horizon.
Episode II. L’Attaque des Clônes. Fort de ses succès sous la tunique des Red Devils, le numéro 7 est attendu en équipe nationale comme le Messie pour pouvoir soulever dès 1998 une nouvelle couronne mondiale après celle plutôt controversée de 1966. Le huitième de finale contre l’Argentine à Geoffroy-Guichard peut élever au grade de Maître le Jedi Knight Skywalker. Mais ce dernier, fébrile dès lors que la tension et l’enjeu montent, a du mal à contrôler ses émotions... De retour des vestiaires, il assène un méchant coup de pied au droïde Simeone. Carton rouge logique dans la foulée, et élimination aux tirs aux buts de l’équipe aux Trois Lions réduite à dix. Cette histoire lui attire les foudres des fans qui lui feront vivre un véritable enfer sur tous les terrains de la Premier League pendant un an. L’idylle entre Anakin et se supporters se poursuit à l’Euro 2000. Les plus virulents d’entre eux, attisés par les media déchaînés contre le Spice Jedi, iront jusqu’à souhaiter que ses enfants meurent d’un cancer...
Episode III. La Revanche des Sith. Le mal est fait, Skywalker n’en peut plus de cette tunique de Jedi bien trop lourde à porter pour ses épaules de métrosexuel. Et si il existait quelque part, sur une autre planète, un monde calme, facile et relaxant, où l’on peut gagner des millions sans porter la foi de tout un pays ? Le chancelier Palpatine (Florentino Perez) sent la faille chez le Jedi en mal d’amour et multiplie les tentatives de séduction pour attirer Skywalker sur l’Etoile Noire (Rela Madrid). En maîtrisant le Côté Obscur de la Force, il pourrait garantir à Padmé une vie plus fastueuse encore que celle qu’elle mène déjà sur la planète Naboo (Londres). Kenobi réussit à garder le contrôle sur son apprenti. Plus pour très longtemps.
Episode IV. Un nouvel espoir. Dans la foulée d’une Coupe du Monde encore ratée, Anakin Skywalker démarre la saison 2002-03 plein de haine. Il ne supporte plus la critique, son niveau de jeu connaît de plus en plus de bas et de moins en moins de hauts. Obiwan s’en aperçoit et ne peut rester impuissant devant le talent gâché de son jeune padawan. Coup de chaussure dans les vestiaires après une défaite au cinquième tour de FA Cup contre Arsenal. Le Jedi encaisse, pardonne, mais il réfléchit déjà à un exil, au fin fond de la galaxie. Quelques mois plus tard, un des plus beaux matchs de Champions League de ces dernières années voit les Red Devils recevoir le Real Madrid. Une guerre interstellaire pour une place dans le dernier carré. Match fou, le gros Jabba le Huth (Ronaldo) plante son triplé, les actions fusent de tous les côtés. Les Madrilènes, déjà vainqueurs du match aller 3-1, mènent 3-2 à une demi-heure de la fin, et tout espoir semble perdu. Jusqu’à la rentrée de Skywalker, qui ruminait sur le banc. Le Jedi décide de mettre sa haine au service de son sabre. Coup franc magistral. 3-3. Récupération d’un tir de Van Nistelrooy détourné par Hierro. Doublé de Becks. 4-3. United sort la tête haute, mais a perdu pour toujours son chevalier Jedi, qui signe dès la fin de saison un contrat doré dans l’Empire Galactique de Madrid.
Episode V. L’Empire Contre-Attaque. A son arrivée sur l’Etoile Noire, le joueur est replacé dans l’axe, à la récupération, là où son aigreur et son désespoir seront plus le plus utiles. Anakin sans son côté droit et ses centres magiques, c’est un peu comme un Jedi sans âme. Anakin est mort, il laisse sa place à Dark Vador. Vêtu d’une vilaine tunique noire, il prend plaisir à gagner beaucoup plus, en jouant beaucoup moins et surtout beaucoup moins bien. Ses coéquipiers récitant la même partition insipide, les titres ne se bousculent pas au portillon. En fait, le seul accomplissement de notre piètre héros dans la capitale espagnole est une finale de Coupe du Roi, perdue contre... Saragosse. Bientôt, le seigneur Vador ne pourra plus faire illusion. On le dit Galactique mais il est inutile à l’Euro 2004. Tout autant à la Coupe du Monde 2006, qui s’achève avec un changement de sélectionneur national pour l’Angleterre. Ce dernier répudie Vador, lui enlève son brassard de capitaine et tout espoir de rejouer un jour sous le maillot anglais. Furieux, Vador décide de s’acoquiner avec des seigneurs Sith toujours plus vilains et plus cupides. Il va enfin pouvoir jouer au football pour 100 000 € par jour, sans pression et sans enjeu. Direction L.A.
Episode VI. Le Retour du Jedi. Eté 2007. L’Etoile Noire est complètement détruite et peine à se reconstruire. Sur la planète Tatooine, la prospérité est de retour. Forts de leur doublé Championnat - Champions League, les Red Devils peuvent dignement enterrer pour de bon Skywalker. Place aux nouveaux héros Han Solo (Cristiano Ronaldo) et Chewbacca (Wayne Rooney). Quant à Vador, contraint de laisser son sabre laser au portique de l’aéroport, il débarque sur Mustafar (Los Angeles Galaxy) en n’étant plus que l’ombre d’un footballeur. Peu importe, il vit désormais une vie bien tranquille, où les croissants du matin se partagent avec George Lucas et Steven Spielberg.
