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Thick as Thieves

La saison 1980/81 fut celle d’Ipswich Town, une équipe façonnée et soudée par Bobby Robson qui terrorisa l’Europe entière à coup de scores tapageurs. Retour sur l’épopée, en trois épisodes.
par rip - vendredi 6 avril 2007
 

Un club et un manager allaient marquer les esprits des années 70 à l’ombre de Liverpool et de Bob Paisley : Ipswich Town Football Club et Bobby Robson. L’ancien joueur de Fulham prend les destinées du club au cours de la saison 1968-69. Les deux premières années sont pénibles à vivre et la descente aux Enfers est à chaque fois évitée de justesse, mais à partir de la quatrième saison, il hissera le club tous les ans dans le top six du football anglais jusqu’en 1978. Cette année-là, Town rate complètement son championnat, finissant dix-huitième et échappant de peu à la relégation, mais la saison est sauvée à Wembley : Sous l’impulsion de ses jeunes, Ipswich remporte la FA Cup au dépens d’Arsenal (1-0, but de Roger Osborne). Ipswich Town est devenu une des forces du championnat en s’appuyant essentiellement sur une politique de formation et sur des recrutements précis. Paul Mariner, un jeune centre-avant acheté à Plymouth Argyle pour £ 220.000 et un jeune Ecossais moustachu, John Wark, dépisté à Glasgow mais formé au club, commencent à faire parler la poudre à partir de 1976, et un bon groupe de jeunes se forme.

Bobby Robson se souvient : "Nous avions un excellent petit groupe de joueurs très unis, des joueurs doués techniquement, des professionnels parfaitement intégrés au club avec une attitude exemplaire. Ce groupe était composé d’environ 14-15 joueurs, avec quelques réservistes. Il était très difficile de faire une saison pleine en faisait évoluer toujours les mêmes éléments, jours après jours, matches après matches. Si je devais recommencer, j’élargirai le groupe à 18-19 très bons joueurs, car nous ne pouvions jamais reposer les joueurs clés. Le succès a mit longtemps à venir, mais notre politique de jeunes a finalement payé. Nous avions beaucoup de joueurs formés au club qui étaient arrivés à maturité, (Gates, Butcher, Burley, Osman, McCall, Brazil, Beattie, Wark), nous avons également acheté astucieusement tout au long de mon mandat à Ipswich (Mariner, les deux hollandais Arnold Muhren et Frans Thijssen, Paul Cooper qui était un gardien très sous-estimé que l’on a acheté seulement £23.000) et nous possédions en Mick Mills le capitaine idéal. Cette saison 1980-81, nous avons joué un football qui peut-être ne s’était pas vu en Angleterre depuis des lustres, un football qui a même fait chanter les gens ici à Ipswich ! Et pas seulement un football agréable à regarder, fait de passes et de beaux gestes, mais aussi et surtout un football efficace. J’avais 5 ou 6 joueurs dans l’équipe qui savaient marquer des buts. Nous étions vraiment la meilleure équipe d’Angleterre".

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Le fameux ballon Mitre de 1980-81 poursuivi par Paul Mariner

En 1980, les Blues finissent à nouveau troisièmes juste derrière les deux ténors Liverpool et Manchester United. Ipswich retrouve l’Europe pour la huitième fois de son histoire, ce sera encore l’UEFA. La saison 1980-81, la 101e de la first division, démarre en trombe pour Ipswich Town : une remarquable série de 14 matches sans défaite propulse immédiatement le club dans les hautes sphères du football anglais. A l’apogée de cette série exceptionnelle, la démolition d’Everton à Portman Road, 4-0. C’est Alan Brazil qui ouvre le score après douze minutes de jeu : sur un centre au deuxième poteau du virevoltant Eric Gates, le rondouillard Ecossais aux cheveux blonds bouclés place une jolie tête amorcée par un timing parfait au fond des filets de McDonagh. Quelques secondes plus tard, Mariner récupère un long dégagement de Cooper qui atterrit à droite de la surface de réparation. Il temporise et parvient à centrer pour John Wark qui expédie une volée remarquable dans la cage d’Everton pour le 2-0 le plus rapide de l’ouest d’Angleterre. C’est le quatrième but en cinq matches du moustachu et cette saison 1980-81 sera la sienne puisqu’il inscrira un total de 36 buts et finira largement en tête des buteurs du club alors qu’il évolue en tant que milieu de terrain entre Eric Gates et les deux bataves Arnold Muhren et Frans Thijssen. Le système Robson repose sur 4 milieux offensifs complets et increvables. L’intelligence de ses courses, son courage dans les airs et son adresse implacable devant le but feront de Wark un héros de légende à Portman Road. Il est l’emblème de cette saison d’anthologie. En seconde mi-temps sur corner, Muhren dépose le ballon sur le front de Terry Butcher qui transperce McDonagh et Mariner conclut le festival par un quatrième but à la suite d’un une-deux parfait avec Thijssen.

Europe, here we are

Ipswich Town joue son premier match européen de la saison le 17 septembre 1980 contre les Grecs de l’Aris Salonique. Town a déjà joué 35 matches en Europe avec quelques scalps prestigieux à son tableau de chasse comme celui du Real et de la Lazio en 1973, ou encore Feyenoord en 1975. Ce match contre l’Aris sera une vraie boucherie et les Grecs finiront le match miraculeusement...à dix. Gates en particulier se fera constamment découper par les cisailles hellènes et obtiendra la bagatelle de trois pénalties ! John Wark, exécuteur des hautes œuvres, les transformera tous les trois. Wark inscrira quatre buts au total et Mariner en ajoutera un cinquième pour faire bonne mesure. Entre-temps les Grecs réduiront le score sur penalty également, et logiquement Portman Road pense avoir la qualification en poche après cette large victoire 5 à 1.

Lorsqu’il se confie à la presse anglaise après le match, Bobby Robson montre son écoeurement face à la brutalité de l’Aris : "A Salonique je ne pourrai pas contrôler les agissements des Grecs qui savent transformer un match de football en une espèce de guerre, mais je pourrais contrôler notre attitude qui devra être exemplaire et dictée par une discipline de fer. Nous ne répondrons pas aux provocations et à leur tacles à la carotide, nous lutterons avec les armes qui nous sont propres, et si nous parvenons à leur imposer notre football qui est viril mais correct dans la pure tradition britannique, nous devrions passer".

Le 1er Octobre en Grèce, l’enfer promis est au rendez-vous. La veille du match, à l’occasion du traditionnel entraînement sur la pelouse officielle, une centaine de supporters grecs attendent même les joueurs anglais aux portes de l’Harilaou pour les déstabiliser. Ils n’ont pas digéré l’arbitrage du Portugais Antonio Garrido à l’aller et pendant la semaine la presse hellène a copieusement soufflé sur les braises encore vives, mettant en doute l’intégrité du Lusitanien. Dans cette ambiance volcanique, les Anglais se font littéralement engloutir et ils se retrouvent menés 3 à 0 à vingt-cinq minutes de la fin ! Survolté par ses supporters en délire, l’Aris n’est plus qu’à un but de la qualification mais à un quart d’heure de la fin, c’est la délivrance pour Ipswich : Eric Gates ouvre les portes du second tour grâce à un joli tir courbé de l’angle de la surface de réparation. Le score en reste à 3-1 et Ipswich passe. De peu.

Le coup de patte de Panenka

Le 22 octobre 1980, Ipswich accueille le club tchèque des Bohemians de Prague, emmené par Antonin Panenka toujours vert à 33 ans. Le tableau d’affichage reste en berne jusqu’à la mi-temps et c’est à la 48e minute que John Wark dégaine enfin ! Sa frappe aux seize mètres est légèrement détournée par un défenseur et lobe impitoyablement Hruska, le gardien des Bohemians. Sept minutes plus tard, la première gâchette d’Ipswich tousse à nouveau et reprend un tir de Gates que Hruska n’a pu bloquer. A dix minutes du terme, Robson préfère sortir son buteur providentiel légèrement touché et décide de relancer dans le bain Kevin Beattie, une des figures historiques des jeunes du club, le local hero, qui n’a pratiquement plus joué depuis trois ans à cause d’un genou récalcitrant. Beattie est un défenseur central mais Robson décide de le faire évoluer au milieu. Son coup de poker est récompensé quelques minutes plus tard : Town obtient un coup-franc indirect suite à une obstruction sur Gates à vingt mètres face au but et c’est le pied gauche de brute de Beattie qui s’y colle. Il expédie un obus en pleine lucarne qui laisse Hruska sans réaction ! 3-0 score final, l’affaire parait pliée dès le match aller.

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Sur le banc, Bobby Robson construit sa légende.

Le 5 Novembre à Prague, les conditions atmosphériques sont difficiles, il fait -4 degrés et pour compléter le tableau, Ipswich Town se déplace sans Paul Cooper son gardien titulaire, blessé. C’est Laurie Sivell qui le remplace dans les bois et qui va jouer le premier match européen de sa carrière. Les Bohemians le mettent en condition assez rapidement, deux minutes leur suffisent pour ouvrir le score par Micinec qui se joue de la défense de Town et fusille Sivell de près. Les Bohemians font feu de tout bois, Sivell est à la ramasse sur un corner et c’est la barre puis Beattie sur sa ligne qui sauvent les Anglais de la noyade ! Seule une bonne tête de Wark, facilement stoppée par Hruska est à mettre à l’actif des Bleus en 45 minutes. En seconde mi-temps, les affaires ne s’arrangent pas, elles se compliquent même. Sivell se retrouve encore à la faute, il sèche un Bohemian hors de sa surface et concède un coup-franc dangereux. L’illustre Panenka entre alors en scène et il dépose une banane dont il a le secret dans la cage anglaise, 2-0 pour le club de Prague et Robson, malgré le froid, transpire à grosses gouttes. La défense d’Ipswich Town autour un Kevin Beattie retrouvé résistera finalement aux derniers assauts des Bohemians et le score ne bougera plus. Ipswich passe de peu. Une nouvelle fois.



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