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Thick as Thieves (2)

La saga d’Ipswich ’81 se poursuit vitesse grand V. C’est le Blitz en Pologne et dans le Forez.
par rip - mardi 10 avril 2007
 

En Angleterre la course d’Ipswich en League Cup est stoppée net à St Andrews par Birmingham City le 28 Octobre 1980. Le quinzième but de la saison de Wark n’y fait rien, Town est éliminé 2 à 1. Le 8 Novembre Ipswich se déplace au Dell pour affronter Kevin Keegan et Southampton. C’est un match dantesque qui finit par un 3 partout des familles : l’adresse de Gates aux seize mètres n’est plus à prouver (1-0) et la précision du numéro huit à la moustache est devenue la sensation du championnat d’Angleterre (2-0) mais Southampton va revenir. Steve Williams profite d’une bévue de la défense d’Ipswich et de vingt mètres envoie le ballon se ficher dans le filet de Cooper d’un superbe extérieur du droit. En seconde mi-temps, en plein kick’n’rush chez Ipswich Keegan montre sa classe en remisant au sol pour Bowyer, celui-ci dos au but se monte le ballon d’une habile pichenette et déclenche une frappe en pivotant. Il attrape la lunette de Cooper malgré un formidable plongeon du portier des Blues : un but venu d’ailleurs et les "Oh when the Saints" embrasent le Dell. Pourtant Ipswich réplique et Mariner inscrit un but curieux sur corner, un sale but à la Gerd Muller et il redonne l’avantage aux leaders de la première division. Le kick’n’rush reprend ses droits et ça balance dur dans la surface de Town. Sur une belle série de trois têtes dans les six mètres de Cooper et un engagement à faire frémir toutes les surfaces continentales, Moran arrache le trois partout.

En UEFA, au tour suivant, Ipswich qui a retrouvé son gardien titulaire Paul Cooper joue à nouveau le match aller à domicile et se voit proposer le club phare de Pologne, le Widzew Lodz avec ses internationaux Boniek, Zmuda, Mlynarczyk, Smolarek... Bobby Robson, conscient des absences de son équipe à l’extérieur veut une victoire sans bavure. De son côté le coach polonais est confiant et pour cause, son équipe a surpris Manchester United au premier tour puis la Juventus de Turin au second ! Il rend donc visite à Robson le visage fendu d’un sourire et lui demande s’il veut parier de l’argent sur la victoire de son équipe. Bobby Robson poursuit : ""En british pounds ?" je lui demande. "Non, en monnaie polonaise". Je lui dis que je ne joue pas de l’argent polonais et on en reste là. Mais c’était incroyable, c’est l’unique fois dans ma carrière où un adversaire est venu me proposer ce genre de chose. Ils avaient sorti Man U de Dave Sexton au premier tour et ils devaient penser qu’ils nous démoliraient..."

East Anglia : 2 - Eastern Europe : 0

Le 28 Novembre 1980, à Portman Road, le match est à sens unique et au milieu du terrain, les Polonais se perdent dans la nuit d’Ipswich. A la vingtième minute, ils sont pressés à la gorge et laissent filer le ballon pour Gates, qui décale Muhren le long de la ligne de touche. Le Hollandais centre pour la tête chercheuse de Mariner qui dévie pour Brazil, en position d’ailier droit. Les Polonais ont le tournis et Brazil expédie un nouveau centre dans la surface. Cafouillage de la défense polonaise et la sphère revient comme un aimant dans les pieds magnétiques de John Wark qui a bien suivi. Il crucifie Mlynarczyk sans fioriture. Town est sur de bons rails, encore une fois grâce à son dynamiteur écossais. En pleine confiance, Ipswich fait parler son football châtoyant, le ballon circule vite de droite à gauche, une à deux touches de balles, Mariner joue en pivot et Muhren tente sa chance de l’extérieur du pied gauche... la balle s’écrase sur le montant ! Les Polonais, étouffés par les incessantes vagues bleues sont incapables de se dégager proprement et finalement, Lodz va tomber sous la mitraille juste avant la pause. C’est Mlynarczyk qui craque le premier : à la 42’minute, il dévisse son renvoi aux six mètres et dégage directement dans les pieds de Muhren qui glisse prestement à Brazil, démarqué. L’Ecossais fait briller son pied gauche et tire sous la barre du gardien polonais d’une frappe bien enroulée pour le 2-0. Trois minutes plus tard, sur centre de McCall, la reprise de Mariner est contrée et Wark, toujours bien placé, marque imparablement.

Après la pause Ipswich continue de presser et Muhren envoie une perle de centre, de l’extérieur du gauche qui fait briller Mariner : le centre-avant des Blues cueille le cuir avec fermeté au prix d’une détente horizontale et ajoute un splendide quatrième but de la tête. Un but à l’anglaise, un de ceux qui font vibrer dans "Les buts étrangers" d’FR3. Ipswich fait désormais le spectacle et il n’est pas le seul : l’arbitre Robert Wurtz fait aussi des siennes. Il sautille dans tous les sens, fouette l’air de ses petits bras, c’est qu’il passe une belle soirée dans une ambiance de fête l’arbitre alsacien ! Portman Road pousse de toute sa voix mais son équipe est tout simplement brillante. Sur un contre mené par Wark, le jeune O’Callaghan rentré en jeu il y a quelques minutes déborde sur l’aile gauche et centre pour une nouvelle remise de la tête de Mariner. Wark devance Mlynarczyk d’un pointard et signe le 5 à 0 final. Le ticket pour les quarts est dans la poche.

Le 10 Décembre à Lodz, pour le match retour, le thermomètre affiche une température polaire : -14 degrés ! Il va sans dire que le terrain est tout blanc, enneigé, glacé plutôt. Il est impraticable en fait et le représentant de l’UEFA confirme que le match est injouable mais qu’un report conduirait les deux clubs à se retrouver en mars. Du coup, Robson avec ses cinq buts d’avance décide de jouer quand même car mars sera un mois ultra-chargé. Ipswich perd un à zéro une parodie de match, sur un but de Pieta. Pour la première fois Ipswich passe le tour facilement.

En championnat, Liverpool, Birmingham City, Nottingham Forest et Stoke City passent à la moulinette. Contre Stoke, John Wark inscrit son huitième penalty de la saison, mais c’est surtout Alan Brazil qui est étincelant. Il est dans tous les coups et le gardien Fox évite aux Potters de s’en prendre huit ou neuf. Brazil marquera le troisième but sur une remise de volée exceptionnelle de Mariner. Score final un maigre 4-0. Au cinquième tour de la FA Cup, Ipswich à domicile élimine Charlton Athletic 2 à 0 grâce à ses canonniers maison, Wark et Mariner.

Glamour & labour

En quart de finale de la Coupe de l’UEFA, c’est un match de gala qui attend Ipswich Town : l’AS St Etienne de Platini et Rep, futur champion de France et l’un des favoris de l’épreuve. L’ASSE vient de pulvériser Hambourg 6-0 sur l’ensemble des deux matches en plantant cinq de ses buts au Volksparkstadion ! Le 4 Mars 1981, Ipswich Town FC rend donc visite à Geoffroy Guichard et dans le chaudron en ébullition après un petit quart d’heure de jeu, les Verts obtiennent un corner qu’ils jouent en retrait pour Platini qui centre, Johnny Rep saute plus haut que la défense de Town et ouvre le score d’une tête puissante. Un but magnifique face aux Anglais dont la réputation dans les airs n’est plus à prouver depuis les années 40 ! Les hommes de Bobby Robson ne se laissent pas impressionner pour un penny et réagissent très vite. Douze minutes plus tard, Mariner profite d’une hésitation de Castaneda et catapulte le ballon dans les bois verts, lui aussi de la tête à la réception d’un centre en cloche d’Arnold Muhren. Les Stéphanois font le forcing pour rentrer aux vestiaires avec un but d’avance au tableau d’affichage mais la défense d’Ipswich tient bon. A la reprise on joue à peine depuis deux minutes et Geoffroy Guichard va prendre une bonne douche froide. Sur un terrain transformé en véritable champ de patates, Thijssen, Brazil et Mariner jouent en triangle, ce dernier envoie un centre aveugle dans la surface alors que seul Gates s’y trouve. Larios qui n’est pourtant pas dans l’urgence et qui a le temps de contrôler voire de transmettre à Castaneda dégage faiblement de la tête plein axe... Thijssen s’empare du ballon, donne à Gates qui place Muhren en orbite d’une passe en retrait. La frappe des vingt mètres du Hollandais est tendue et le ballon ricoche à l’intérieur du poteau gauche des buts français : Ipswich prend l’avantage, 2 à 1 devant un public qui vient à peine de finir son sandwich. Dix minutes plus tard, Town double son avantage : Castaneda, toujours aussi fébrile, ne peut que repousser une reprise de Butcher dans les pieds de Paul Mariner qui crucifie les Verts. A 3-1, St Etienne est KO debout et c’est évidemment John Wark l’exécuteur qui finit de corriger les Verts, avec un nouveau but de la tête, en dominant aisément Lopez, en apesanteur. Au coup de sifflet final le vestiaire anglais est fier, convaincu d’avoir réussi le match parfait à l’extérieur. Johnny Rep, dans un anglais douteux, apprécie : "Ce que j’ai pensé d’Ipswich ? Ils jouent très intelligemment, beaucoup avec la tête et ils ont deux super hollandais (rires) ! Ils jouent bien au ballon. Toute le team played very well."

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Du frisage de moustache en perspective...

Le 18 Octobre au retour en East Anglia en début de seconde mi-temps, Butcher place une tête sur un coup-franc de Thijssen et propulse un boulet de canon dans le but de Castaneda. Zimako égalise à 10 minutes de la fin d’une jolie tronche sur un centre de Rep, mais St Etienne n’y crois plus depuis longtemps, et sur une main de Larios, John Wark convertit le penalty, son 32ème but de la saison ! Mariner vide les Verts à une minute du coup de sifflet final, au milieu d’une défense stéphanoise complètement à la rue. Le constat est sans appel : sur les deux matches St Etienne s’est fait labourer vivant par les Tractor Boys.

Robson se souvient parfaitement de Saint Etienne : "Pour ce quart de finale, je souhaitais à tout prix éviter St Etienne, car ils étaient devenus les favoris de cette Coupe. Ils avaient des joueurs francais fabuleux qui m’avaient impressionnés lorsque j’étais allé les visionner : Platini, Larios, Janvion, Battiston, Rocheteau... Et eux, à chaque fois qu’ils étaient venus nous superviser en championnat nous avions gagné par des scores nets et sans bavure. Finalement je pense que c’est eux qui avaient le plus peur et cela les a perdu. Pourtant, leur stade était plein, 40.000 fans, guichets fermés deux heures avant le coup d’envoi et ils ont même ouvert le score ! Mais nous avons eu le caractère, la détermination nécessaire et nous avons livré probablement l’une des meilleures performances de tous les temps d’un club anglais en Europe, aucun doute là-dessus, car nous avions battu une équipe de classe 4-1. Et 7-2 au total ! Pour obtenir ce type de résultat il fallait avoir une équipe de grand calibre. Nous avons repris l’avion le mercredi soir pour aller défier Forest le samedi, à Nottingham, en sixième tour de FA Cup. Au City Ground nous avons joué d’abord comme dans un rêve : nous marquons 2 buts, et puis c’est le cauchemar nous nous retrouvons menés 3 à 2 ! Heureusement nous parvenons à égaliser. En tout avec le match du samedi précédent à Coventry à Highfield Road où nous avons gagné 4-0, nous inscrivons donc 11 buts en 3 matches à l’extérieur de suite, un match en League, un en Coupe d’Europe et un en Coupe d’Angleterre ! Cela donne la mesure de notre équipe, de la qualité du football que l’on pouvait jouer."



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