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Men in back

Quatre hommes ont durant une décennie dressé une forteresse devant la cage d’Arsenal. Moins poétiques que les Beatles et plus effrayants que les Dalton, les quatre-là opéraient ensemble comme une vraie fratrie. Aujourd’hui, on cherche toujours leurs remplaçants.
par Richard N., Rian Gyggs - vendredi 26 octobre 2007
 

Lorsque George Graham avait la responsabilité du jeu d’Arsenal, celui-ci avait la réputation d’être le plus ennuyeux de toute l’Angleterre. A l’époque, le "Boring Arsenal" évolue devant les baillements des supporters adverses, et même de certains des leurs. Il n’en demeure pas moins une équipe redoutable, capable de remporter deux championnats et quelques Cups ça et là. Si la solidité défensive prend le pas sur l’audace offensive, c’est parce que les Gunners peuvent compter sur un quatuor défensif de premier plan, plus rugueux que vraiment rigoureux, mais immuable ou presque.

La figure de proue de ce quatuor est Tony Adams. Ce défenseur central a débuté à Arsenal en 1983 et n’a jamais quitté le club. Une fidélité qui lui a valu le surnom de "Mister Arsenal" (vingt-deux saisons et plus de cinq cents matches), et un morceau hommage de Joe Strummer. Lors de l’été 1987, l’arrière gauche Nigel Winterburn débarque pour la coquette somme de 407.000 £. Son récent passage au sein du Crazy Gang de Wimbledon vaut tous les CV du monde et sa réputation se renforcera par le surnom que lui donneront les travées de Highbury, "Psycho Squirrel". En janvier 1988, Arsenal offre 400.000 £ à Stoke City pour acquérir son arrière droit Lee Dixon. L’été suivant, c’est un autre joueur de Stoke qui débarque dans le nord de Londres, le stoppeur Steve Bould. Le back four est constitué.

Dès sa première saison, le quatuor permet à Arsenal de pousser le rival Liverpool dans ses derniers retranchements. Les Reds ont déjà conquis la Cup et attendent le titre de champion dans la foulée comme une simple formalité. L’équation est compliquée mais pas impossible à résoudre pour les Gunners. Le dernier match de la saison 1988/1989 propose en effet un déplacement à Anfield avec l’obligation d’une victoire par deux buts d’écart pour remporter le titre  [1]. Coup franc royal de Winterburn pour servir Smith qui marque. La moitié du chemin est parcourue, mais les Reds font le dos rond pendant le reste de la partie, jusqu’à la quatre-vingt dixième minute et la montée enflammée de Lee Dixon. Centre dans la surface. Thomas à la réception, Grobbelaar encore battu. L’arbitre laisse aux Reds le soin de jouer l’engagement, et siffle la fin du match.

Forts de sa première aventure, le back four s’ancre un peu plus dans la légende du club avec la conquête du titre 1991. Entre temps, une cinquième pièce est venue s’ajouter au puzzle : David Seaman, gardien transfuge de Queen’s Park Rangers. Les Gunners sont alors invincibles. Ils ne sont défaits qu’une seule fois au cours de cette saison historique, pour seulement dix-huit buts encaissés. Les terraces chantent haut et fort "one-nil to the Arsenal" (1-0 pour Arsenal, sorte de tarif maison version North London...). Tony Adams soulèvera encore plein d’autres trophées aux côtés de son équipe de choc. A commencer par un doublé Fa Cup - League Cup en 1993, premier du genre. La reconnaissance s’étend à l’échelle du continent en 1994 avec la victoire en Coupe des Coupes contre un Parme virevoltant  [2]. Ce soir-là, l’équipe marque tôt à Copenhague et laisse au back four le soin de repousser les incessantes attaques de Asprilia, Brolin et Zola.

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Championnat, Coupes nationales, Coupe d’Europe : Dixon, Adams, Bould et Winterburn ont tout gagné avec Arsenal

Lorsque Arsène Wenger arrive à la tête de l’équipe en 1996, tout laisse supposer que les choses vont changer. Les années ont passé, le quatuor s’essouffle et s’est mis à picoler. Peu séduit par les coutumes de l’endroit, coach Arsène tolère la musique dans les vestiaires, mais pas les fioles de whisky dans le sac. Il se donne à peine quelques mois pour remplacer les quatre dinosaures au mode de vie peu compatible avec le foot moderne. Mises au vert, entraînements rigoureux, suivi physique poussé, changement d’habitudes diététiques. Le manager français est le premier étonné du résultat : les quatre héros ont retrouvé une nouvelle jeunesse et la gloire qui va avec : un magnifique doublé Coupe-Championnat en 1998 les place définitivement dans le Hall of Fame du club.

Steve Bould, dernier arrivé au club, est le premier à partir en 1999. Le back four se désunit peu à peu. Nigel Winterburn s’en va un an plus tard, Tony Adams et Lee Dixon pousseront jusqu’en 2002, histoire de participer, par intermittences, au deuxième doublé Coupe-Championnat de l’ère Wenger. Depuis, Arsenal peut bien constituer des lignes défensives avec tous les Keown, Campbell et Cole qu’il veut, aucune ne saura remplacer le back four.

[1] Voir notre article To Wish Impossible Things

[2] Voir notre article Du parmesan sous la poudre



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