Everybody Wants To Be A Cat

Dès 1925, Cardiff City avait envisagé de sortir le trophée d’Angleterre. Arrivée en finale, l’équipe s’était toutefois inclinée face à Sheffield United. Déçus mais forts de cette expérience unique à Wembley, les joueurs s’étaient promis d’y revenir. Deux ans plus tard, les Gallois perçoivent durant la saison un signe du destin. En effet, un petit chat noir suit les entraînements de près. Intrigués de retrouver ce chat quelque soit le jour ou l’endroit où ils décident de s’entraîner, les joueurs chargent un des leurs de retrouver le domicile de l’animal. Hughie Ferguson est désigné. L’intéressé s’acquitte avec succès de cette tâche, mais persuade le propriétaire de laisser l’équipe adopter le chat en guise de mascotte. Si Cardiff atteint la finale, un ticket sera attribué au propriétaire, qui accepte.
Le chat reste au sein de l’équipe et devient la mascotte officielle du club. Il prend le nom de Trixie et est présent dans son panier lors de tous les déplacements des Bluebirds. La campagne de FA Cup 1927 a démarré à domicile pour Cardiff, avec la réception d’Aston Villa, battue 2-1. Les Gallois vont ensuite s’imposer 2-0 à l’extérieur, du côté de Darlington. Le vrai test a lieu avec le déplacement à Bolton, tenant du titre. Victoire éclatante 2-0. Trixie fait décidément de l’effet. Le 0-0 obtenu en quarts de finale à Stamford Bridge débouche sur un replay remporté 3-2 à Ninian Park. Match nul contre Reading, puis victoire lors de la revanche. Cardiff est de nouveau en route pour Wembley et la grande finale contre Arsenal. Quant au propriétaire de Trixie, il fait partie des 91.000 heureux bénéficiant d’une place pour cette finale, sur 300.000 demandes de tickets.
Arsenal, récemment pris en main par Herbert Chapman, est le grand favori. Mais les choses ne se déroulent pas ainsi. De l’avis de tous, cette finale n’est pas brillante. La balle reste cantonnée le plus souvent au milieu de terrain. De chaque côté, les attaquants peu inspirés ne mettent pas beaucoup les gardiens à contribution. On s’ennuie ferme dans les tribunes : les Gunners et les Bluebirds se neutralisent, pour la plus grande tristesse des supporters.
Néanmoins, dans le dernier quart d’heure de jeu, le destin vient encore s’en mêler. Touche jouée par Keenor pour Cardiff, la balle à McLachlan qui passe à Ferguson. L’Ecossais est connu pour sa grande précision dans les tirs de loin. Il tente sa chance. Sous la pression de Davies, le gardien des Cannoniers se couche sur la balle... qui lui échappe et file le long de la ligne. La balle a-t-elle rebondi sur son coude, son bras, son poignet ? A qui donner le but : Ferguson, Davies qui semble avoir effleuré le ballon au passage, ou le pauvre Lewis contre son camp ? La seule certitude réside dans le fait que le but est bel et bien valable, et logiquement accordé par l’arbitre M. Bunnell. Poussant désespérément dans les dernières minutes, Arsenal se crée vaguement un semblant d’occasion. Les Londoniens ne reviendront pas au score.
Dès le lendemain du match, Ferguson est crédité du but victorieux, et les Gallois sont fêtés à leur retour au pays comme des héros. Tout Cardiff a pu suivre l’exploit de l’équipe (Farquharson - Nelson, Watson, Keenor - Sloane, Hardy, Curtis - Davies, McLachlan, Irving, Ferguson) à la radio, notamment grâce aux enceintes installées dans Cathays Park. Scènes de joie et soirées bien arrosées s’ensuivent. Les Gallois auraient eu tort de s’en priver : après cette victoire historique, la Coupe repartira dès 1928 en Angleterre, du côté de Blackburn, et ne quittera plus jamais le pays par la suite.
Cerise sur le gâteau, Cardiff City signe la plus belle saison de son histoire en remportant également le Charity Shield quelques semaines plus tard, face aux London Corinthians. Quant à Ferguson, il termine cette saison-là avec un total cumulé en carrière de 271 buts en 281 matchs. Transféré deux ans plus tard à Dundee pour cause de blessures à répétitions, Hughie, héros déchu de la finale mythique de 1927, supporte mal de ne plus tenir le haut de l’affiche. La dépression dans laquelle il plonge ne l’aide pas vraiment à retrouver le chemin des buts. Au début de l’année 1930, miné par la disparition de sa scoring touch, il met fin à ses jours et meurt à l’âge de 33 ans. Certains superstitieux laissent entendre dire que ce chat noir était diabolique et qu’il a fauché précocement Ferguson en échange du but de la victoire à Wembley...
