Ram Power

Derby County, champion d’Angleterre 1975, nourrit de grandes ambitions pour la Coupe d’Europe des Clubs Champions. Leur première participation, en 1972/73, avait vu les Rams de Brian Clough atteindre les demi-finales et se faire éliminer par la Juventus au terme de deux rencontres très controversées. Trois ans plus tard, l’équipe est dirigée par l’Ecossais Dave MacKay, ancienne grande gueule de Tottenham. Ce dernier a, au cours de l’été, réussit un joli coup de force en allant chercher Charlie George, le bad boy d’Arsenal, héros de la finale de la Cup 1971.
A dire vrai, Arsenal n’a eu aucun mal à se séparer de son buteur-vedette. Celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même et ses frasques hors du terrain ont fini par décourager le manager Bertie Mee. Dans le Derbyshire, loin de Londres et de ses tentations, Charlie George se reconcentre sur son métier et retrouve la détermination qui en avait fait l’un des meilleurs attaquants de son époque. Et la Coupe d’Europe arrive à point nommé pour assouvir sa nouvelle ambition.
Si Derby passe aisément le premier tour face au Slovan Bratislava, les huitièmes de finale lui offre un morceau plutôt coriace, le Real Madrid. Certes, le sextuple champion d’Europe n’a plus rien remporté depuis dix ans (sur le plan européen s’entend), mais il n’en reste pas moins l’un des clubs les plus prestigieux de la vieille Europe. Inutile de préciser que le Baseball Ground affiche complet le soir du match aller, le 22 octobre 1975.
La rencontre démarre très vite. Après neuf minutes de jeu, Derby déploie une attaque sur son flanc gauche. Archie Gemmill envoie un centre jusqu’au point de penalty où surgit Charlie George. Celui-ci déclenche une volée foudroyante qui envoie le ballon dans la cage de Miguel Angel. Six minutes plus tard, Francis Lee entre balle au pied dans la surface, mais se fait crocheter par Del Bosque. Le penalty, indiscutable, est transformé par Charlie George.
L’assistance du Baseball Ground est au comble de sa joie, mais son enthousiasme est refroidi une dizaine de minutes plus tard. A la réception d’un centre de son capitaine Amancio, l’attaquant espagnol Pirri contrôle de la poitrine et trompe Boulton. Mais Derby reprend les choses en main et juste avant la mi-temps, accentue son avantage sur une tentative de David Nish. Le tir lointain du défenseur anglais surprend un Miguel Angel pas très clair qui voit le ballon lui glisser sous le corps.
Le début de la seconde période est dominé par le Real. Sur une attaque rondement menée, Pirri parvient même à inscrire un deuxième but, mais il est refusé pour un hors-jeu que les ralentis de la télévision démentiront. Les joueurs du Real manifestent leur mécontentement auprès de l’arbitre soviétique Monsieur Ivanov, puis s’en prennent à son assistant qui n’est autre, quelle bonne surprise, que Monsieur Bahkramov, l’homme qui fit basculer la finale de 1966 [1].
Au début du dernier quart d’heure, un ballon de Günter Netzer est intercepté par Gemmill. Sur l’attaque qui suit, Hector entre dans la surface mais se fait faucher par un Netzer revenu en catastrophe. C’est l’incontestable penalty que contestent pourtant vigoureusement les joueurs du Real. Après de multiples palabres, Charlie George prend Miguel Angel à contre pied et inscrit son troisième but de la soirée.
Les Anglais l’emportent 4-1. Face à n’importe quelle équipe, ils auraient pu croire la qualification acquise. Mais le Real Madrid n’est justement pas n’importe quelle équipe. L’histoire européenne du club espagnol regorge de retournement de situations en tout genre. Et les Rams vont cruellement compléter la liste. Dans un Santiago-Barnabeu garni de 120.000 spectateurs, le Real Madrid ouvre le score après seulement trois minutes. Au bout d’une heure, il mène 3-0 et tient sa qualification. Charlie George, encore lui, donne un peu d’espoir en inscrivant son quatrième but face au Real. Mais Derby encaisse un quatrième but dans les dernières minutes, puis un cinquième dans la prolongation.
Peu importe finalement ce qui s’est passé au match retour. Derby n’oubliera jamais la folle soirée du match aller et les fulgurances de Charlie George.
[1] voir notre article Le but de la centième minute.
